LIVRES

mohamed koursi livre

Extrait 

«Ce mélange se fait naturellement comme celui de l’huile et de l’eau: on se touche, mais on ne se pénètre pas. Chaque groupe garde son individualité aussi bien dans ses caractères sociologiques que dans son habitat.»(4). C’est dans ce «monde» que plonge ce rouquin, fraîchement débarqué. Il ignore que les premiers dockers avec qui il va entrer en contact sont des militants ou sympathisants d’un parti nationaliste, le Parti du Peuple Algérien (PPA) (5). L’un de ses premiers amis, un certain Mustapha, est postier et comédien. Il est militant de ce parti né sur les «débris» de l’Etoile Nord-Africaine, une association interdite par le Front Populaire en 1929 (6). Ses militants sont traqués et condamnés en 1937 pour reconstitution clandestine de ligue dissoute. Nés tous les deux au mois de juillet, Mustapha est son aîné d’une année. Plus tard, ce même Mustapha (qui n’aura pas volé son surnom de seigneur) deviendra une référence majeure du théâtre national. La sœur de Mustapha, Zoulikha, a inspiré, à son cousin Yacine, un roman à la notoriété internationale (7) A 18 ans, on est révolté. Il ne le sait pas encore. Mais sur cette terre algérienne, sa vie va complètement changer de sens. Le PPA ne peut l’accepter, alors, il s’engouffre dans la jeunesse communiste algérienne.

«Je n’ai commencé réellement ma vie d’homme, ma vie intellectuelle et politique qu’à mon arrivée en Algérie en 1939. J’avais 18 ans et j’étais très passionné par la découverte du monde, avec des idées de gauche, entre guillemets, un peu anarchisantes» (8). En fait, Harry arrive dans un pays qui inaugurait une «décennie des partis». La création du PPA marque un point de rupture avec le rythme social qui prévalait jusqu’alors dans les milieux «politisés» indigènes. (9) Alger étale sa joie, impose son mépris et affiche son arrogance aux indigènes musulmans et aux juifs que Vichy a renvoyé dans les espaces ghettoïsés du racisme colonial.

 

Extrait 

Mon livre vous convie à un voyage qui commence en septembre 1938 quand un jeune insouciant qui rêve (naturellement) de voyages, qui ne cherche qu’à s’amuser débarque à Alger. Il se lie d’amitié avec Mustapha et Yacine Kateb. Il découvre la solidarité et la générosité des habitants de Bab et Oued et de la Casbah malgré les dures conditions de vie des dockers. Français d’origine juive, sous Vichy, la réalité lui assène une gifle et le réveille sur ce que c’est que le colonialisme. Arrivé à Alger avec quelques idées ” anarchisantes», il aura une destinée singulière, incroyable et son nom entrera dans notre histoire. Ce voyage, sur presque un siècle, se termine, dans mon livre, fin septembre 2019 quand l’histoire en mouvement a questionné le journaliste sur sa pratique et l’a jugé sur son engagement pour les libertés individuelles et collectives . C’est le Hirak.

          Que s’est-il passé pour que la plume de Albert Camus, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Henri Alleg, Abdelhamid Benzine évolue à travers le temps passant de noms qui n’ont pas eu peur d’aller au charbon (Abbane Ramdane, Ihaddaden, Serge Michel, Chaulet..) à des journalistes au parcours flamboyant, même si controversé ( Mohamed Benchicou, Kheireddine Ameyar, Ali-Bey Boudoukha, Kamel Belkacem…) à des trajectoires dramatiques ( assassinés par les terroristes) pour , enfin, arriver à des journalistes qui répercutent des communiqués qui sont une insulte à la profession ? Faut-il désespérer ?.  Non, car à côté de ces ersatz de journalistes, des noms émergent et tentent, dans l’adversité, de reprendre le flambeau…Ils sont menacés, censurés, licenciés, harcelés, emprisonnés….mais, ils sont là.

         C’est cette figure du journaliste que j’essaie de pister en rappelant tout au long de ce ( presque) siècle de voyage, les faits politiques, généralement, des jeux de pouvoirs entre clans qui se sont succédés à la tête de l’Etat pour décider ce que l’algérien doit connaître ou pas, lire ou pas, entendre ou non.

mohamed koursi livre